
Nord Libre / True North — version de rédaction du 16 septembre 2026
Pendant quatre jours, du 8 au 11 septembre, des Canadiens ont raconté à Ottawa des problèmes de santé qu’ils attribuent aux vaccins contre la COVID-19. L’initiative porte le nom du député conservateur Dean Allison. Elle a suscité des témoignages difficiles à entendre, quelques affirmations statistiques spectaculaires et une question que je me suis posée dès le départ : pourquoi en entend-on si peu parler?
J’ai voulu vérifier avant de répondre.
Commençons par le statut de la démarche. L’enquête Allison n’est ni une commission gouvernementale ni un comité parlementaire. Ses propres termes de référence disent même qu’elle est là pour écouter les Canadiens, sans établir de faits ni tirer de conclusions. Tenir ses séances sur la Colline du Parlement ne transforme donc pas les témoignages en verdicts officiels.
Cela ne rend pas les témoignages sans intérêt. Cela nous oblige simplement à faire notre travail.
Ce que nous avons vérifié
Nous avons dépouillé 57 segments des quatre journées, établi une chronologie, dressé une matrice des affirmations et essayé de reproduire 12 résultats statistiques sous deux modèles chacun. Nous avons aussi cherché ce qui pouvait contredire les affirmations examinées. Nos tableaux de calcul et notre méthode, avec ses limites, sont accessibles sur Nord Libre.
Une réserve compte : nous n’avons pas pu écouter directement les 16 extraits retenus pour vérification audio. Notre contrôle les classe tous comme non vérifiés. Vous ne trouverez donc ici aucune citation littérale attribuée à un témoin à partir de ces transcriptions automatiques.
Les blessures reconnues existent
Il serait commode de prétendre que toute blessure attribuée à un vaccin est imaginaire. Les propres chiffres fédéraux interdisent cette facilité.
Dans l’ancien Programme de soutien aux victimes d’une vaccination, le gouvernement recense 3 557 demandes reçues entre juin 2021 et novembre 2025. 1 433 avaient été examinées par le comité médical, 252 approuvées et 21 474 722 $ versés. Le programme concerne les vaccins autorisés au Canada en général; ces 252 approbations ne sont pas toutes identifiées ici comme des cas liés aux vaccins contre la COVID-19. Les chiffres représentent en outre une période et un état de traitement précis, pas une mesure de la fréquence réelle des blessures. Voici la ventilation officielle.
Le constat reste important : des préjudices vaccinaux graves peuvent être reconnus. Il ne valide pas automatiquement chacun des cas présentés à Allison. Une maladie apparue après une injection peut avoir une autre cause. Inversement, l’absence de décision favorable dans un dossier ne suffit pas à démontrer que la personne n’a rien subi.
Les témoignages justifient qu’on examine la prise en charge, les délais et la qualité du signalement. Ils ne permettent pas, à eux seuls, de calculer un risque ni de conclure à une dissimulation organisée. L’idée d’une sous-déclaration mérite une enquête sérieuse; l’intention de cacher des cas exige une preuve supplémentaire que notre dossier n’a pas établie.
Le chiffre de 4 203 : précis, mais souvent mal compris
Nous avons pu reproduire un résultat qui mérite qu’on s’y arrête. À partir des décès observés chez les Canadiennes de 15 à 44 ans, sur la période 2021 à 2024, et d’une tendance calculée sur 2010 à 2019, notre modèle donne environ 4 203 décès de plus que le niveau projeté. Le chiffre varie avec la méthode employée pour définir ce niveau attendu. Notre tableau de reproduction donne les paramètres du calcul; la table de Statistique Canada permet de retrouver les séries de mortalité.
Il faut bien lire ce résultat. Il concerne un groupe de femmes défini par l’âge, sur quatre ans, comparé à un modèle statistique. Ce n’est pas le nombre de décès excédentaires de toute la population canadienne. Et ce n’est certainement pas un décompte de décès causés par la vaccination.
Les données agrégées ne disent pas quelles personnes décédées étaient vaccinées, à quelle date, avec quel produit, ni ce qui a provoqué leur décès. Les infections, l’accès aux soins, les changements de population et d’autres facteurs doivent être étudiés avant toute attribution causale. Reproduire un écart par rapport à une projection pose une question. Cela n’y répond pas.
Là où les calculs résistent moins bien
La reproduction des autres affirmations donne des résultats mixtes. Certaines estimations canadiennes se rapprochent des chiffres annoncés. D’autres changent sensiblement selon la période de référence ou le modèle. La série des avortements, par exemple, comporte aussi une rupture de méthode de collecte depuis 2021 qui complique la comparaison.
Pour cinq affirmations américaines, nous n’avons pas obtenu l’extraction harmonisée nécessaire dans CDC WONDER. Les essais et les erreurs du serveur sont conservés dans notre dossier. Le bon verdict est non vérifié par notre reproduction. Un échec technique de collecte ne démontre pas que ces chiffres sont faux.
Ce souci du détail n’est pas une échappatoire. Si l’on réclame des comptes aux autorités pour des certitudes excessives, il faut exiger la même discipline de ceux qui les contestent.
Le « silence » des médias, à l’épreuve des faits
Notre inventaire de la couverture médiatique compte maintenant 18 entrées repérées. Le premier registre documentait déjà 16 entrées positives jusqu’au 12 septembre, dont plusieurs captations de conférences de presse, des reportages et des opinions. Certaines provenaient de CTV, Global News et CPAC. Une chronique du Niagara Independent s’est ajoutée le 15 septembre. Une vérification de NewsForBC, publiée en juillet, distinguait déjà l’initiative indépendante d’une enquête officielle.
Il serait donc faux de parler de silence médiatique total. Il serait tout aussi imprudent de transformer notre inventaire ciblé en recensement exhaustif de tous les articles publiés. Il montre de la couverture, dont une partie importante dans des médias indépendants ou spécialisés, et au moins une intervention substantielle d’un grand média national. Il ne mesure ni toutes les audiences ni la couverture proportionnelle que le sujet aurait méritée.
On peut demander pourquoi davantage de rédactions n’ont pas examiné les pièces et les affirmations centrales. Pour répondre honnêtement, il faudra comparer leur travail réel, pas deviner leurs intentions. L’absence d’un article dans une recherche n’est pas la preuve d’une consigne de se taire.
Ce qui reste après vérification
Allison a offert une tribune à des gens qui se disent blessés et qui demandent à être entendus. Leurs cas méritent une évaluation sérieuse, respectueuse et contradictoire. Le système fédéral reconnaît lui-même certaines blessures vaccinales et continue de traiter des demandes.
Mais la tribune ne démontre pas que les vaccins ont causé chaque maladie évoquée. Un écart de mortalité reproduit dans un groupe précis ne démontre pas des milliers de décès vaccinaux. Notre recherche n’établit pas non plus une opération gouvernementale de camouflage.
Alors que faire? Examiner les cas, publier des données utilisables, distinguer les signalements des causes établies et expliquer les décisions aux personnes concernées. Si des analyses alarmantes avancent des chiffres, publier leurs méthodes et les soumettre à la contradiction. Si les autorités disent que tout fonctionne, leur demander de montrer comment.
Le scepticisme fonctionne dans les deux directions. C’est moins confortable que de choisir son camp. C’est aussi la seule manière de savoir ce qui résiste vraiment.
Note de méthode pour publication. Audit médiatique : recherches ciblées menées jusqu’au 16 septembre 2026, registre initial arrêté au 12 et ajout confirmé du 15. Il ne s’agit pas d’un recensement exhaustif. Chiffres du programme fédéral : ancien VISP, du 1er juin 2021 au 30 novembre 2025; le programme VIAP lui a succédé le 1er avril 2026. Les fichiers de l’annexe sont disponibles séparément : méthode, résultats CSV, inventaire médiatique CSV et code de reproduction, au format texte. On peut aussi télécharger l’annexe complète en ZIP.




