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Vingt ans de critique, près de vingt ans de données comparatives et une question simple : le Québec en obtient-il assez pour ce qu’il paie?
Ceux qui me connaissent savent que ma critique du modèle québécois ne date pas d’hier.
Je blogue sur ces questions depuis 2006, d’abord avec Le Minarchiste Québécois, puis avec Contrepoids, avant de lancer Nord Libre/True North. Autrement dit, je n’ai pas attendu Éric Duhaime ni l’élection de 2026 pour me demander si le Québec en avait réellement pour son argent avec son modèle d’État particulièrement interventionniste.
En septembre 2012, j’écrivais déjà à propos de notre système de santé qu’en l’absence d’un prix monétaire, la rareté ne disparaît pas. Elle trouve simplement un substitut : le temps.
Treize ans plus tard, cette idée a pris pour moi une tournure un peu trop concrète.
En juillet 2023, mon médecin de famille a détecté un souffle au cœur. Ma valve mitrale devait être réparée. La chirurgie a finalement eu lieu le 25 février 2025.
Près de vingt mois après la découverte initiale.
Ma famille avait déjà rencontré une autre version du même phénomène. Nous avions inscrit notre fille pour obtenir une place en CPE. Heureusement, nous avions entre-temps trouvé une garderie privée subventionnée qui utilisait d’autres critères d’admission. La lettre nous annonçant qu’une place en CPE était enfin disponible est arrivée alors qu’elle fréquentait déjà l’école primaire.
Dans un cas, la rareté se comptait en années sur une liste. Dans l’autre, en mois avant une chirurgie.
Une anecdote ne prouve évidemment rien. Mais elle peut illustrer un mécanisme que les données permettent ensuite de tester.
Et c’est précisément l’exercice que je veux faire ici.
Vingt ans de critique ne constituent pas une preuve.
Si le modèle québécois fonctionne mieux que je le croyais, les données doivent pouvoir me contredire. Si certaines de mes intuitions étaient justes, elles doivent elles aussi survivre au test.
Par la même occasion, on peut appliquer exactement la même règle au diagnostic aujourd’hui avancé par Éric Duhaime et le Parti conservateur du Québec.
Le Québec a réellement choisi un État plus lourd
Commençons par le point le moins controversé.
En 2024, les dépenses consolidées des administrations provinciale et locales représentaient 33,68 % du PIB québécois, contre 25,35 % en Ontario, 26,56 % en Colombie-Britannique et 20,40 % en Alberta. Ces données proviennent des Statistiques de finances publiques canadiennes consolidées de Statistique Canada.
L’emploi public représentait 24,14 % de l’emploi québécois en 2025, contre 19,70 % en Ontario, 18,55 % en Alberta et 20,76 % en Colombie-Britannique, selon le tableau 14-10-0027-01 de Statistique Canada. Plusieurs petites provinces affichent toutefois des proportions encore plus élevées.
Même constat du côté fiscal.
Selon Statistique Canada, la pression fiscale des administrations provinciales et locales, qui inclut impôts, taxes et cotisations sociales, atteignait 21,2 % du PIB québécois en 2024, contre 16,8 % en Ontario, 15,5 % en Colombie-Britannique et 9,9 % en Alberta. Le Québec affichait ainsi la pression fiscale la plus élevée parmi les provinces selon cette mesure. Voir le tableau de Statistique Canada.
On peut discuter longtemps pour déterminer si ce niveau est souhaitable.
Le constat, lui, est assez difficile à contourner :
le Québec fait transiter par l’État une part beaucoup plus importante de son économie que ses grands voisins.
La question intéressante commence après :
qu’obtenons-nous pour la différence?
L’éducation : bons résultats, bâtiments malades
Si l’objectif était simplement de démontrer que toute dépense publique finit dans un trou noir administratif, les données seraient plutôt contrariantes.
L’éducation constitue probablement la meilleure contre-preuve.
Le Québec dépensait 21 087 $ par élève du préscolaire au secondaire en 2022-2023, selon Statistique Canada, et obtenait parallèlement 514 points en mathématiques au PISA 2022, un résultat très élevé dans la comparaison canadienne. Le Conseil des ministres de l’Éducation du Canada formule des réserves méthodologiques concernant notamment la non-réponse, mais le résultat demeure suffisamment important pour devoir être pris au sérieux.
Mais regarder uniquement les résultats pédagogiques donnerait un portrait incomplet.
Le capital physique du réseau scolaire raconte une histoire beaucoup moins reluisante.
Dans son rapport annuel 2024-2025, le ministère de l’Éducation indiquait que seulement 47 % des immeubles scolaires étaient considérés en bon état. Le ministère précise qu’une nouvelle méthode de calcul, plus détaillée que l’ancienne, a modifié cette mesure et note une amélioration du ratio du déficit de maintien d’actifs par rapport à la valeur de remplacement.
Le Vérificateur général du Québec évaluait néanmoins le déficit de maintien d’actifs des bâtiments scolaires à 8,5 milliards de dollars en 2024-2025, contre 4,5 milliards en janvier 2019. Il précise qu’une nouvelle méthodologie d’inspection standardisée et une révision des coûts unitaires expliquent une partie de cette augmentation. Ce n’est donc pas huit milliards de détérioration physique que quelqu’un aurait oublié de remarquer en passant devant les écoles. Voir le suivi du VGQ.
Le VGQ juge tout de même les progrès insatisfaisants sur plusieurs recommandations touchant le maintien du parc et les besoins d’espace.
Ce cas est particulièrement instructif.
Le Québec peut obtenir de bons résultats pédagogiques tout en accumulant simultanément un problème sérieux d’entretien de ses infrastructures.
Il n’y a aucune contradiction.
« Dépenses en éducation » est un énorme agrégat qui mélange enseignants, professionnels, administration, entretien, rénovation, construction et plusieurs autres postes.
Une moyenne peut donc paraître excellente pendant qu’une composante du système se détériore.
C’est précisément pourquoi le montant dépensé constitue une mesure si pauvre de la performance.
La bonne question n’est pas seulement : combien dépensons-nous en éducation?
Mais : qu’obtenons-nous sur chacune des dimensions que cet argent est censé financer?
Redistribuer et produire ne sont pas la même chose
La pauvreté fournit une autre pièce sérieuse à la défense du modèle.
En 2024, 7,0 % des Québécois vivaient sous le seuil officiel de pauvreté, comparativement à 12,5 % en Ontario et 13,0 % en Colombie-Britannique. Statistique Canada.
Cette performance sociale coexiste cependant avec un niveau général de revenu inférieur.
Le revenu médian après impôt des familles et personnes hors famille était de 68 800 $ au Québec en 2024, contre 79 500 $ en Ontario, 85 300 $ en Alberta et 75 800 $ en Colombie-Britannique, en dollars constants de 2024. Statistique Canada précise que ces écarts ne tiennent pas compte de facteurs régionaux comme le coût de la vie ou la structure par âge.
Voilà une tension fondamentale du modèle québécois :
réduire la pauvreté et produire davantage de richesse ne sont pas exactement le même objectif.
Un modèle peut être relativement performant dans la redistribution sans nécessairement l’être autant dans la création de revenu.
La vraie question : le rendement de l’État
La santé montre elle aussi pourquoi compter simplement les dollars ne suffit pas.
Selon l’Institut canadien d’information sur la santé, les dépenses provinciales de santé représentent une part particulièrement importante de la capacité économique québécoise.
Or la capacité disponible ne suit pas toujours au même rythme.
Entre 2021 et 2025, le nombre de lits de soins de longue durée au Québec a augmenté de 11 %, mais la population de 75 ans et plus de 13 %. Le nombre de lits pour 1 000 personnes de ce groupe est ainsi passé de 54,9 à 53,7.
Cela ne prouve pas que les dépenses supplémentaires ont été gaspillées. Les besoins peuvent s’être complexifiés, les coûts peuvent avoir augmenté et les soins à domicile peuvent remplacer certains lits.
Mais une question demeure obstinément :
qu’avons-nous obtenu avec les ressources supplémentaires?
Une dépense n’est pas un résultat.
Un résultat, c’est un patient traité, un élève formé, un permis délivré, une route construite, un bâtiment entretenu ou un problème effectivement résolu.
Les dollars publics ne deviennent pas productifs simplement parce qu’ils ont franchi les portes d’un ministère.
Les garderies : abordable ne veut pas dire accessible
Le réseau québécois de services de garde subventionnés constitue lui aussi une défense sérieuse du modèle. Son faible tarif réduit les coûts assumés directement par les familles et la littérature économique a documenté des effets sur la participation des mères au marché du travail.
Mais le réseau illustre également un problème persistant de capacité.
Au 31 mai 2025, le gouvernement comptait encore 30 688 enfants ayant besoin immédiatement d’une place et n’en occupant aucune dans un service de garde reconnu. Il s’agit de la dernière donnée de ce type disponible avant le changement de méthode de collecte lié au nouveau portail. Voir les statistiques du gouvernement du Québec.
Après près de trois décennies d’expansion du réseau, le problème du rationnement n’avait donc pas disparu.
Il faut éviter un raccourci trop facile. Le faible tarif subventionné stimule la demande, mais la capacité dépend également du nombre d’éducatrices, des coûts immobiliers, de la construction des places, de leur localisation et des règles du réseau.
Reste une réalité économique assez récalcitrante :
lorsque la quantité demandée dépasse la capacité disponible, un mécanisme doit décider qui obtient la ressource rare.
Si ce mécanisme n’est pas principalement le prix, ce seront les listes, les priorités, les critères et le temps.
C’est exactement ce que ma famille a vécu.
Une place peut être très bon marché pour celui qui l’obtient et parfaitement inaccessible pour celui qui ne l’obtient pas.
Prix abordable et accessibilité ne sont pas synonymes.
En santé, le prix peut se payer en temps
Le même principe apparaît en santé avec une différence fondamentale : la priorisation clinique est nécessaire.
Un patient dont la vie est immédiatement menacée doit évidemment passer devant celui dont la condition est moins urgente.
Le problème n’est donc pas qu’une file existe.
Le problème commence lorsque la capacité est insuffisante pour fournir des soins dans des délais raisonnables.
C’est ce que je décrivais déjà en 2012 lorsque j’écrivais que l’attente pouvait devenir le substitut au prix monétaire.
Mon expérience cardiaque ne permet pas de déterminer si chacun des mois qui se sont écoulés avant ma chirurgie était médicalement évitable.
Elle rappelle néanmoins quelque chose que la comptabilité publique mesure mal :
le temps possède lui aussi un prix.
L’inquiétude a un coût. La douleur a un coût. Une incapacité de travailler peut avoir un coût. Le temps consacré par les proches aussi.
L’absence de facture à la sortie de l’hôpital ne fait pas disparaître ces coûts. Elle les fait simplement disparaître du relevé de la RAMQ.
Taxer pour ensuite subventionner
L’intervention économique fournit un autre test du modèle.
En 2024, les subventions consolidées aux entreprises privées représentaient 1,385 % du PIB québécois, contre 0,967 % en Ontario, 0,665 % en Alberta et 0,698 % en Colombie-Britannique. Le Québec n’était pas la province qui subventionnait le plus en proportion de son PIB, mais il recourait nettement davantage à cet outil que ses grands comparateurs. Les données proviennent des finances publiques consolidées de Statistique Canada.
Plus frappant encore, ces subventions équivalaient à environ 70 % des recettes provinciales provenant de l’impôt sur les bénéfices des sociétés, contre environ 45 % en Ontario, 39 % en Alberta et 35 % en Colombie-Britannique.
Ce ratio ne signifie évidemment pas que les mêmes entreprises paient un dollar d’impôt le matin et en récupèrent 70 cents l’après-midi.
Il montre quelque chose de plus intéressant :
l’État prélève une somme importante en fonction des bénéfices réalisés, puis réalloue une quantité considérable de capital selon d’autres critères.
Certaines interventions peuvent être justifiées. Une subvention peut corriger une externalité, financer de la recherche ou soutenir une activité dont les bénéfices sociaux dépassent ceux captés par l’entreprise.
Mais l’allocation publique du capital comporte également des risques.
Une étude économétrique de l’OCDE publiée en 2025 conclut que, dans son échantillon de grandes entreprises manufacturières, les subventions augmentaient les parts de marché des bénéficiaires sans produire de gains correspondants d’investissement ou de productivité.
Des travaux publiés en 2026 sur l’industrie mondiale de l’acier arrivent à un constat apparenté : des entreprises davantage subventionnées peuvent gagner des parts de marché même lorsque leur productivité, leur efficacité de coût ou leur performance financière sont plus faibles, tout en réduisant les incitations à investir chez certains concurrents moins subventionnés.
Ces études ne portent pas spécifiquement sur le Québec.
Elles démontrent pourquoi « subvention au développement économique » ne devrait jamais être considéré automatiquement comme synonyme de « développement économique ».
Le rendement doit être mesuré.
Pendant ce temps, l’investissement demeure relativement faible
En 2024, la formation brute de capital fixe des entreprises représentait 17,25 % du PIB québécois, contre 18,32 % en Ontario, 19,22 % au Canada hors Québec, 21,10 % en Colombie-Britannique et 21,16 % en Alberta, à partir des Comptes économiques provinciaux et territoriaux de Statistique Canada.
L’investissement est important pour une raison assez banale : de meilleurs équipements, logiciels, technologies et infrastructures permettent généralement de produire davantage avec la même quantité de travail.
La Banque du Canada souligne d’ailleurs que les entreprises canadiennes investissent trop peu depuis longtemps et établit un lien important entre cette faiblesse de l’investissement et la mauvaise performance canadienne en matière de productivité.
Nos propres chiffres nous ont toutefois obligés à nuancer un peu le portrait québécois.
Selon Statistique Canada, la productivité horaire du secteur des entreprises atteignait en 2024 56,40 $ au Québec, contre 57,00 $ en Ontario, 75,30 $ en Alberta et 55,90 $ en Colombie-Britannique. Le Québec enregistrait cette année-là une hausse de 2,0 %, pendant que l’Ontario, l’Alberta et la Colombie-Britannique reculaient.
Donc non, le Québec n’est pas condamné à rester immobile pendant que tous ses voisins disparaissent à l’horizon.
Le piège du rattrapage
Notre série longue montre d’ailleurs que le Québec n’est pas engagé dans un déclin économique continu.
Entre 2000 et 2024, son PIB réel par habitant a progressé plus rapidement que celui de l’Ontario.
Mais le mot rattrapage mérite d’être manié avec précaution.
Ces dernières années, plusieurs grands comparateurs ont eux-mêmes ralenti. Une partie de la convergence québécoise provient donc d’une meilleure performance relative, pas nécessairement d’une accélération spectaculaire.
Rattraper quelqu’un ne signifie pas toujours courir beaucoup plus vite. Parfois, l’autre ralentit davantage.
Cela détruit deux récits confortables à la fois.
Le rattrapage ne prouve pas que le modèle québécois est devenu une machine à prospérité.
Mais il contredit également l’idée qu’il condamne mécaniquement le Québec au décrochage perpétuel.
Les chiffres ont cette fâcheuse habitude de ne pas demander la permission aux idéologies avant de sortir.
Gros État égale faible croissance? Les données ne nous donnent pas ce raccourci
C’est probablement la conclusion la plus importante de cette recherche.
Notre dossier ne permet pas d’établir une relation causale simple entre la taille de l’État et l’ensemble des performances économiques observées.
Nos analyses exploratoires du panel nord-américain n’ont pas produit la merveilleuse droite descendante qui aurait permis d’écrire :
un point d’État de plus = tant de croissance en moins.
Dommage pour la simplicité.
Tant mieux pour la rigueur.
La relation semble davantage passer par les institutions.
La fiscalité peut modifier les incitations. La réglementation peut modifier les coûts d’entrée et d’investissement. Les subventions peuvent modifier l’allocation du capital. La façon de financer un service peut influencer la capacité de son offre à répondre à la demande.
Et, comme le cas des écoles vient de le montrer, un système peut réussir sur une dimension tout en laissant se dégrader une autre.
La bonne question devient alors moins : combien dépense l’État?
que : que produit chaque dollar et que nous empêche-t-il de produire ailleurs?
C’est la question du coût d’opportunité.
Et Duhaime dans tout ça?
C’est ici qu’il faut séparer soigneusement diagnostic et prescription.
Plusieurs problèmes décrits actuellement par Éric Duhaime correspondent à des phénomènes observables dans nos données : poids élevé du secteur public, pression fiscale importante, recours substantiel aux subventions, investissement privé relativement faible et problèmes persistants de capacité dans certains services.
Cela ne transforme pas automatiquement le programme du Parti conservateur en résultat de recherche.
Le PCQ affirme par exemple pouvoir réaliser 47 milliards de dollars d’économies cumulées sur cinq ans, notamment en diminuant les subventions, en réduisant certains effectifs principalement par attrition et en intégrant davantage l’intelligence artificielle à l’appareil gouvernemental. Ce sont les économies calculées par le parti, pas des économies démontrées par notre analyse. Source : PCQ. Notre comparaison des cadres financiers est également disponible dans Cinq cadres financiers, cinq chemins vers le déficit zéro.
Même prudence concernant sa proposition de faire passer progressivement le taux québécois d’impôt sur le revenu des sociétés de 11,5 % à 4,7 %. Le PCQ estime que cette mesure créerait de 25 000 à 45 000 emplois en cinq ans. Il s’agit là encore d’une projection du parti. Source : PCQ.
Le mécanisme proposé mérite néanmoins d’être étudié : réduire simultanément impôts et subventions revient à déplacer une partie de l’intervention de « taxer puis choisir » vers une réduction plus générale du prélèvement.
Le résultat dépendrait de la réaction des entreprises, des investisseurs, des travailleurs et des finances publiques.
Les propositions de Duhaime doivent donc passer exactement le même test de la calculatrice que le modèle qu’il critique.
La santé offre probablement le meilleur test
Le PCQ propose d’établir des délais pour les principales chirurgies, consultations spécialisées et investigations diagnostiques. Lorsque le réseau public ne pourrait respecter ces délais, le patient pourrait être soigné ailleurs dans le public ou auprès d’un fournisseur privé accrédité, aux frais de la RAMQ. Le parti propose aussi de 400 à 500 admissions supplémentaires en médecine par année et la formation de 1 500 nouvelles infirmières praticiennes spécialisées pendant le mandat. Source : PCQ.
Le principe d’une garantie de délai assortie du choix d’un autre fournisseur n’est pas une invention québécoise.
L’OCDE documente des mécanismes semblables au Danemark et au Portugal, où le patient peut choisir un autre prestataire, y compris privé, lorsque le délai maximal est approché ou dépassé. Elle souligne surtout que les stratégies ayant réduit durablement les attentes ont généralement combiné des limites explicites avec des interventions touchant réellement l’offre et la demande.
Voilà le test pertinent.
Si une clinique privée recrute simplement les mêmes professionnels qui auraient travaillé ailleurs dans le réseau, la capacité totale peut peu changer.
Si une organisation différente permet davantage d’actes, une meilleure utilisation des installations, davantage d’heures de soins ou l’arrivée de nouvelles ressources, le résultat peut être différent.
Changer le logo au-dessus de la porte ne crée toujours pas de chirurgiens par mitose.
La proposition devra donc être évaluée sur la capacité réellement ajoutée ou mieux utilisée.
Même test dans les garderies
Le PCQ propose de maintenir le financement du réseau subventionné tout en bonifiant le crédit d’impôt pour les garderies non subventionnées.
Il propose également une allocation imposable pouvant atteindre 100 $ par semaine par enfant, soit 5 200 $ par année, à certaines familles qui n’ont pas de place subventionnée et ne réclament pas le crédit pour frais de garde. Le parti avance aussi qu’environ 10 000 places seraient actuellement vacantes dans les garderies non subventionnées. Source : PCQ.
Le mécanisme proposé cible donc un problème d’allocation : tenter de rendre financièrement accessibles des places qui existent déjà.
Mais le chiffre des 10 000 places demeure celui avancé par le PCQ, et même si cette capacité est bien disponible, elle n’est pas nécessairement située aux endroits, pour les groupes d’âge et aux moments où se trouve la demande.
Encore une fois :
le test porte sur le résultat, pas sur l’annonce.
Le test de la calculatrice
Après avoir soumis le modèle québécois aux chiffres, je ne crois pas que la meilleure question soit simplement :
« Plus d’État ou moins d’État? »
C’est trop grossier.
L’éducation montre maintenant quelque chose d’encore plus intéressant qu’au début de notre recherche : un même réseau peut obtenir de bons résultats scolaires tout en accumulant une importante dette d’entretien de ses bâtiments.
Les garderies montrent qu’un programme peut réduire le prix payé par les familles et faciliter le travail des parents tout en rationnant encore une partie de l’accès.
La santé montre qu’un système universel peut absorber énormément de ressources tout en demeurant limité par sa capacité.
Les subventions montrent qu’une politique conçue pour aider l’économie peut aussi modifier les mécanismes qui orientent le capital.
Alors appliquons le même test à tout.
- Quel problème cherche-t-on à résoudre?
- Combien cela coûte-t-il réellement?
- Quel résultat mesurable obtient-on?
- Quelles réactions comportementales provoque-t-on?
- Quels sont les effets de second ordre?
- Quel est le coût d’opportunité?
- Existe-t-il une façon moins coûteuse d’obtenir le même résultat?
Je critique le modèle québécois publiquement depuis 2006.
Vingt ans plus tard, les données ne confirment pas toutes mes intuitions.
Le Québec n’est pas en déclin économique continu. Certaines institutions de son modèle obtiennent des résultats importants. Et la relation entre taille de l’État et prospérité est beaucoup moins mécanique qu’une simple comparaison des taux de dépenses pourrait le laisser croire.
Mais les chiffres mettent également en évidence des problèmes persistants de rendement, de rationnement, d’allocation, d’investissement, d’entretien du capital public et d’adaptation de l’offre.
Sur plusieurs de ces problèmes précis, le diagnostic avancé par Duhaime correspond à des phénomènes que les données permettent effectivement d’observer.
Ses solutions doivent maintenant affronter exactement la même épreuve.
Parce qu’au bout du compte, la question la plus utile n’est ni « public ou privé? », ni « gauche ou droite? ».
Elle est beaucoup plus inconfortable :
qu’obtenons-nous réellement pour ce que nous payons?





3 thoughts on “Le modèle québécois : et si Duhaime avait raison sur le diagnostic?”