
Il se passe présentement quelque chose d’assez inhabituel sur la Colline du Parlement à Ottawa et, si vous vous informez principalement auprès des grands médias canadiens, il y a de bonnes chances que vous n’en ayez jamais entendu parler.
Du 8 au 11 septembre, des dizaines de Canadiens viennent témoigner devant des parlementaires au sujet de problèmes de santé qu’ils attribuent à leur vaccination contre la COVID-19. Les audiences se déroulent dans la pièce 415 de l’édifice Wellington et figurent même au calendrier de la Tribune de la presse parlementaire canadienne.
Des médecins et d’autres experts sont également entendus et, comme si ce n’était pas déjà suffisamment intéressant pour attirer l’attention de quelques journalistes, un sénateur américain est même venu participer aux audiences.
Pourtant, presque rien.
C’est ce qui a piqué ma curiosité.
Je me suis donc demandé si cette impression était réelle ou si j’étais simplement victime de mon propre biais de sélection. Peut-être que les grands médias couvraient effectivement l’événement et que je n’avais tout simplement pas vu leurs reportages.
Il n’y avait qu’une façon de le savoir.
Nous avons vérifié.
Mais d’abord, qu’est-ce que l’Enquête Allison?
L’Enquête Allison est une initiative présidée par le député fédéral Dean Allison dont le but principal est de permettre à des Canadiens qui affirment avoir subi des effets indésirables graves après avoir reçu un vaccin contre la COVID-19 de raconter publiquement leur expérience devant des parlementaires.
C’est exactement ainsi que ses propres termes de référence définissent son mandat : offrir un forum aux Canadiens afin qu’ils puissent raconter leurs expériences et permettre également à certains experts d’apporter du contexte.
Avant d’aller plus loin, mettons immédiatement quelque chose au clair parce que la distinction est importante : l’Enquête Allison n’est pas une commission d’enquête publique créée par le gouvernement et ce n’est pas non plus un comité parlementaire officiel.
Elle est organisée avec la collaboration de la Covid Testimony Association et ses propres règles définissent clairement ses pouvoirs et ses limites.
Elle n’a pas le pouvoir d’assigner des témoins et ceux-ci ne sont pas soumis au genre de processus contradictoire que l’on retrouverait devant un tribunal ou certaines commissions d’enquête. Les tiers n’ont notamment pas qualité pour contre-interroger les témoins ou présenter leurs propres témoins.
Plus important encore, les propres règles de l’Enquête Allison précisent que son mandat n’est ni d’établir des faits ni de tirer des conclusions.
Donc, si quelqu’un témoigne qu’il est tombé gravement malade après avoir reçu un vaccin contre la COVID-19, cela ne démontre pas automatiquement que le vaccin est responsable de sa maladie.
Après ne veut pas nécessairement dire à cause de.
Cette distinction sera importante pour la suite de notre couverture.
Mais elle ne signifie certainement pas non plus que ces témoignages doivent être ignorés.
Selon les organisateurs, plus de 1 400 Canadiens ont demandé à témoigner, alors qu’un peu plus d’une cinquantaine peuvent être entendus pendant les quatre jours d’audiences. Les organisateurs parlaient encore de plus de 1 200 demandes à l’ouverture des audiences; ils ont depuis indiqué que le nombre dépassait 1 400.
Certains racontent des maladies graves, des difficultés à obtenir un diagnostic et des problèmes avec les mécanismes gouvernementaux chargés d’évaluer et, lorsqu’elles sont admissibles, d’indemniser les blessures liées à une vaccination.
Depuis le 1er avril 2026, le programme fédéral porte d’ailleurs le nom de Programme d’assistance en cas d’incidents liés à la vaccination (PAIV) et est administré directement par l’Agence de la santé publique du Canada. Pour qu’une blessure soit reconnue aux fins du programme, une évaluation médicale doit notamment conclure à un lien de causalité probable avec un vaccin autorisé par Santé Canada ainsi qu’à une blessure grave et permanente.
Est-ce que toutes ces personnes ont réellement été blessées par un vaccin?
Je n’en sais rien.
Mais voilà justement une excellente question à laquelle des journalistes pourraient essayer de répondre.
Alors, où sont les journalistes?
On pourrait facilement expliquer le manque de couverture si Dean Allison avait organisé son enquête discrètement dans le sous-sol d’un hôtel quelque part à Ottawa.
Seulement voilà : elle se déroule sur la Colline du Parlement.
Son existence n’était pas un secret. Dès le 3 juin, la Tribune de la presse parlementaire canadienne publiait un avis du bureau de Dean Allison annonçant pour le lendemain une conférence de presse intitulée Member of Parliament to Announce Inquiry into Covid-19 Vaccine Injured Canadians.
Et cette semaine encore, les quatre journées d’audiences apparaissent au calendrier officiel de la Tribune, avec les dates et le numéro de la salle dans l’édifice Wellington.
Les organisateurs indiquent également que la participation aux procédures est réservée aux journalistes accrédités, les autres médias pouvant demander une invitation à Dean Allison.
L’explication selon laquelle les grands médias ignoraient simplement l’existence de l’Enquête Allison devient donc plutôt difficile à soutenir.
J’ai alors décidé de chercher leur couverture depuis l’annonce de l’enquête en juin jusqu’aux audiences de cette semaine.
J’en ai trouvé chez plusieurs médias indépendants. Juno News a couvert l’enquête et les audiences, tout comme le Western Standard, qui a publié un reportage dès l’ouverture du 8 septembre.
Du côté de CBC/Radio-Canada, CTV, Global News, Globe and Mail, Toronto Star, National Post, La Presse, Le Devoir et TVA?
Pratiquement rien de substantiel n’est ressorti de nos recherches.
Soyons quand même prudents.
Je ne peux pas affirmer qu’absolument aucun de ces médias n’a jamais consacré la moindre seconde ou la moindre ligne à l’Enquête Allison. Les moteurs de recherche sont imparfaits, les archives de certains médias le sont encore davantage et il est toujours possible qu’un reportage nous ait échappé.
Mais s’il existe une couverture substantielle de l’Enquête Allison par les principaux médias canadiens, elle est remarquablement difficile à trouver.
Pendant ce temps, plusieurs médias indépendants suivent les audiences.
Le contraste est difficile à manquer.
La Presse canadienne était au moins au courant
Il y a également un petit détail assez intéressant.
Lors de la conférence de presse du 4 juin annonçant l’enquête, des photographies de Dean Allison ont été prises par Sean Kilpatrick de La Presse canadienne. Une de ces photographies accompagne notamment le reportage publié le même jour par Epoch Times et porte clairement le crédit The Canadian Press/Sean Kilpatrick.
Un photographe de l’agence était donc présent.
Pourtant, nous n’avons retrouvé aucune dépêche substantielle de La Presse canadienne consacrée à l’Enquête Allison.
Attention. Cela ne signifie pas que La Presse canadienne avait préparé un reportage avant de décider mystérieusement de l’enterrer. Une agence peut parfaitement envoyer un photographe couvrir un événement sans nécessairement publier une dépêche.
Mais prétendre qu’elle ignorait l’existence de l’enquête devient assez difficile lorsque son propre photographe était dans la salle.
Apparemment, l’événement était suffisamment intéressant pour être photographié, mais pas nécessairement pour être raconté.
Même un sénateur américain ne suffit pas
Le 8 septembre, le sénateur américain du Wisconsin Ron Johnson a participé aux audiences.
Johnson n’est d’ailleurs pas simplement un sénateur de passage. Il préside actuellement le Permanent Subcommittee on Investigations du Sénat américain, ce que confirme directement le site officiel du comité.
Il s’intéresse depuis plusieurs années aux politiques adoptées pendant la pandémie et, en 2026 seulement, son sous-comité a tenu des audiences et mené différentes enquêtes concernant la surveillance de la sécurité des vaccins contre la COVID-19.
Peut-être pensez-vous que Ron Johnson a raison.
Peut-être pensez-vous qu’il raconte n’importe quoi.
Encore une fois, ce n’est pas vraiment la question.
Un sénateur américain qui vient à Ottawa participer à des audiences devant des parlementaires canadiens sur un sujet aussi controversé possède en soi une certaine valeur journalistique.
Et couvrir un événement ne signifie pas nécessairement approuver ce qui s’y dit.
Un journaliste peut écouter les témoignages et ensuite les vérifier. Il peut consulter Santé Canada, interroger des épidémiologistes, comparer les affirmations aux données canadiennes de pharmacovigilance, examiner le fonctionnement du Programme d’assistance en cas d’incidents liés à la vaccination et confronter les études citées par les experts aux autres recherches disponibles.
Il pourrait même découvrir que certains témoignages reposent sur une mauvaise interprétation des faits.
Ce serait parfaitement légitime.
C’est même précisément ce que j’attends d’un journaliste.
Mais pour vérifier ce qui se dit à l’Enquête Allison, il faudrait commencer par s’y intéresser.
Alors pourquoi ce silence?
Bonne question.
Je n’ai pas la réponse.
Et je refuse de simplement en inventer une parce qu’elle confirmerait mes propres préjugés.
Peut-être les grandes salles de rédaction considèrent-elles que l’Enquête Allison ne mérite pas beaucoup d’attention parce qu’elle n’est pas une commission parlementaire officielle.
C’est possible.
Peut-être considèrent-elles que les effets indésirables des vaccins contre la COVID-19 ont déjà été suffisamment couverts.
C’est également possible.
Peut-être craignent-elles qu’en couvrant ces témoignages, elles donnent une tribune à certaines affirmations scientifiquement douteuses.
Encore possible.
Ou peut-être existe-t-il une tout autre explication.
Je n’en sais rien.
Mais je sais également ce que les faits dont nous disposons ne permettent pas d’affirmer.
Ils ne permettent pas de conclure qu’il existe un blackout médiatique organisé visant à cacher les blessures causées par les vaccins. Affirmer une chose pareille sans preuve serait exactement le genre de raccourci intellectuel que nous reprochons régulièrement aux autres.
Et ce serait d’autant plus inutile qu’il existe déjà une question beaucoup plus simple à poser :
Pourquoi un événement de quatre jours réunissant des dizaines de Canadiens, des parlementaires et même un sénateur américain sur la Colline du Parlement reçoit-il aussi peu d’attention des principaux médias canadiens?
Je trouve que c’est une excellente question.
Puisque personne ne semble très intéressé, allons voir nous-mêmes
Nous avons donc décidé de suivre l’Enquête Allison.
Mais je vais établir immédiatement les règles du jeu parce que ce dossier est suffisamment polarisé comme ça.
Je ne partirai pas du principe que les témoins ont raison.
Je ne partirai pas non plus du principe qu’ils ont tort.
Lorsqu’une personne affirme avoir subi une blessure causée par un vaccin, nous distinguerons l’association temporelle de la causalité médicale.
Lorsqu’une affirmation pourra être comparée aux données de Santé Canada, nous irons voir les données.
Lorsqu’un témoin parlera du Programme d’assistance en cas d’incidents liés à la vaccination, nous examinerons le fonctionnement du programme et ses résultats.
Lorsqu’un expert citera une étude scientifique, nous irons lire l’étude plutôt que simplement nous fier à ce qu’il affirme qu’elle démontre.
Et lorsqu’une affirmation ne résistera pas à la vérification, nous le dirons.
Même si elle confirme ce que certains d’entre nous aimeraient croire.
Inversement, si nous découvrons que certaines préoccupations légitimes ont été minimisées ou ignorées, nous le dirons également.
Même si cela dérange.
La pandémie de COVID-19 nous a déjà offert suffisamment de certitudes proclamées avec beaucoup trop d’assurance par tous les camps.
Nous allons donc essayer quelque chose d’un peu plus démodé.
Examiner les preuves.
Au cours des prochains jours, nous reviendrons sur les témoignages les plus importants de l’Enquête Allison et tenterons de déterminer ce qu’ils démontrent réellement.
Peut-être découvrirons-nous que certaines histoires ont été exagérées.
Peut-être découvrirons-nous que certaines questions méritaient depuis longtemps beaucoup plus d’attention.
Je soupçonne que nous trouverons un peu des deux.
Mais avant de décider ce que nous devons penser de ces témoignages, il faudrait au minimum commencer par les écouter.




