Qui est l'adulte dans la pièce?
La guerre commerciale avec Trump révèle les forces et les faiblesses de Mark Carney et Pierre Poilievre
Pendant la campagne électorale fédérale de 2025, Mark Carney s’est essentiellement présenté comme « l’adulte dans la pièce ». Le message était assez simple. Donald Trump était imprévisible, agressif et menaçait le Canada d’une guerre commerciale. Face à cette menace, il fallait quelqu’un de sérieux, expérimenté, calme et compétent en économie pour défendre le pays. Ancien gouverneur de la Banque du Canada et de la Banque d’Angleterre, Carney semblait avoir exactement le curriculum vitae pour le rôle.
Pierre Poilievre, lui, s’était surtout fait connaître comme le pourfendeur de la taxe carbone, des déficits, de la bureaucratie et du coût de la vie. Dans une campagne soudainement dominée par Donald Trump, le contraste semblait jouer fortement en faveur de Carney.
Et politiquement, ça a fonctionné.
Mais maintenant que la poussière est retombée, une question mérite d’être posée : lequel des deux se comportait réellement comme l’adulte dans la pièce?
Parce qu’être adulte ne consiste pas simplement à parler calmement pendant que quelqu’un d’autre crie. Ça consiste surtout à identifier correctement le problème et à prendre les décisions qui vont réellement le régler.
Et c’est là que les choses deviennent intéressantes.
Un problème qui n’a pas commencé avec Trump
Pour comprendre la situation, il faut d’abord se débarrasser d’une idée plutôt commode : celle voulant que Donald Trump soit la cause des problèmes économiques du Canada.
Il ne l’est pas.
Trump a certainement créé un nouveau problème, et un problème sérieux, mais il est arrivé dans un Canada qui traînait déjà plusieurs boulets économiques.
Depuis plusieurs années, la croissance du PIB par habitant était anémique. L’investissement privé était faible. La productivité canadienne accusait un retard croissant sur celle des États-Unis. Le logement était devenu hors de prix dans plusieurs régions. Les dépenses et la dette fédérales avaient considérablement augmenté et une accumulation de règlements, de délais d’approbation et de barrières au commerce intérieur nuisait à l’investissement.
Autrement dit, la maison avait déjà besoin de réparations avant que Trump commence à lancer des roches dans les fenêtres.
C’est une distinction importante parce que si on diagnostique mal la maladie, il y a de fortes chances qu’on prescrive le mauvais médicament.
L’arrivée des tarifs américains a soudainement donné au Canada un ennemi extérieur très visible. Politiquement, c’était beaucoup plus pratique que d’expliquer pourquoi notre niveau de vie stagnait depuis des années.
On pouvait désormais montrer Trump du doigt.
Puis arriva Donald Trump
Au début de 2025, Trump a déclenché sa guerre commerciale contre le Canada. Après quelques reports et exemptions, plusieurs secteurs canadiens se sont retrouvés frappés de tarifs américains, notamment l’acier, l’aluminium et l’automobile.
Le Canada a riposté avec ses propres tarifs.
Il n’y a rien de particulièrement surprenant à cela. Même Pierre Poilievre proposait des représailles tarifaires.
C’est important de le souligner.
La différence entre Carney et Poilievre n’était donc pas que l’un voulait combattre Trump alors que l’autre voulait se coucher devant lui.
Cette caricature ne tient pas.
Poilievre proposait lui aussi de riposter, mais voulait utiliser les recettes provenant des tarifs de représailles pour réduire les impôts des travailleurs et des entreprises canadiennes touchés par la guerre commerciale. Il proposait simultanément de réduire les taxes sur le travail, l’investissement et l’énergie, d’accélérer les projets de ressources naturelles et de réduire les barrières commerciales entre les provinces.
Autrement dit :
Oui, ripostons à Trump. Mais pendant que nous y sommes, rendons notre économie plus difficile à blesser.
Voilà une distinction qui mérite beaucoup plus d’attention qu’elle n’en a reçu pendant la campagne.
Le réflexe Carney
La philosophie de Mark Carney était différente.
Carney voyait la crise provoquée par Trump comme un changement structurel de l’ordre économique mondial. Le Canada devait devenir plus résilient, diversifier ses marchés, développer ses infrastructures, protéger les industries stratégiques et utiliser davantage l’État pour faciliter cette transformation.
Il faut lui reconnaître qu’il ne s’est pas contenté de distribuer des chèques.
Son gouvernement a adopté C-5, la Loi sur l’unité de l’économie canadienne, qui vise notamment à éliminer certaines barrières fédérales au commerce intérieur et, par l’entremise de la Loi visant à bâtir le Canada, à accélérer certains projets jugés d’intérêt national.
Très bien.
En fait, l’idée de réduire les délais réglementaires est excellente.
Mais il y a un problème.
Près d’un an après l’adoption de C-5, il faut cependant faire attention aux gros chiffres annoncés par Ottawa. Le gouvernement parle maintenant de dizaines de milliards de dollars de projets référés au Bureau des grands projets. Or, référer un projet au Bureau n’est pas la même chose que l’approuver. Le gouvernement le précise lui-même : une référence ne garantit ni le financement fédéral, ni l’approbation réglementaire, ni même l’inscription du projet sous la Loi visant à bâtir le Canada.
Au printemps 2026, Ottawa annonçait 15 projets représentant plus de 125 milliards de dollars d’investissements référés au Bureau des grands projets.
Impressionnant.
Mais combien de ces projets ont réellement été approuvés grâce à C-5?
Aucun jusqu’à maintenant.
C’est ici qu’il faut faire la distinction entre les annonces et les approbations. En fait, plus d’un an après l’adoption de C-5, le gouvernement en est toujours à étudier l’inscription de ses premiers projets. Encore le 28 août 2026, Ottawa annonçait que deux projets avaient franchi une nouvelle étape vers une possible inscription, tout en précisant qu’aucune décision de les inscrire n’avait encore été prise.
Autrement dit, nous avons créé une nouvelle loi pour accélérer les grands projets, annoncé plus de 125 milliards de dollars de projets et créé un Bureau des grands projets pour les faire avancer.
Plus d’un an plus tard, combien de projets ont effectivement obtenu la voie rapide promise par C-5?
Zéro.
Ce qui soulève une question beaucoup plus fondamentale :
Pourquoi C-5?
Ou plutôt :
Pourquoi C-5 plutôt que d’abolir C-48 et de réformer en profondeur ou remplacer le régime d’évaluation d’impact hérité de C-69?
Après tout, si le problème est que notre processus réglementaire est tellement lourd qu’il empêche la construction de projets essentiels à notre économie, pourquoi créer une nouvelle loi permettant au gouvernement de sélectionner certains projets qui auront le privilège d’emprunter une voie plus rapide?
Pourquoi ne pas réparer la route?
La loi issue de C-48, qui impose le moratoire sur les pétroliers sur la côte nord de la Colombie-Britannique, est toujours là. Le régime fédéral d’évaluation d’impact issu de C-69, même modifié depuis, est toujours là.
Et maintenant, C-5 vient essentiellement ajouter une porte permettant au gouvernement de faire passer certains projets plus rapidement à travers le système.
Autrement dit, Ottawa semble reconnaître que son propre labyrinthe réglementaire pose problème, mais plutôt que de démolir le labyrinthe, il distribue quelques cartes permettant à certains de trouver la sortie.
Ça me semble une drôle de façon de régler le problème.
Et ça soulève une autre question :
Qui décide quels projets méritent cette voie rapide?
Le gouvernement.
Nous revenons donc encore une fois à la différence philosophique entre Carney et Poilievre.
L’approche Carney consiste davantage à conserver le cadre réglementaire, mais à donner au gouvernement le pouvoir d’identifier les projets stratégiques et de les faire avancer plus rapidement.
L’approche Poilievre consiste davantage à réduire les obstacles réglementaires pour que les projets économiquement viables puissent avancer sans devoir obtenir un statut spécial d’Ottawa.
La première approche peut certainement faire avancer quelques grands projets.
Mais la deuxième pose une question beaucoup plus fondamentale :
Pourquoi un projet économiquement viable devrait-il avoir besoin de la bénédiction spéciale du gouvernement fédéral pour être construit dans un délai raisonnable?
Mais sommes-nous vraiment en guerre?
Il y a cependant un autre aspect de la stratégie de Carney qui me dérange davantage : sa rhétorique.
Et elle est parfois franchement guerrière.
Carney a affirmé que les Américains voulaient « notre terre, nos ressources, notre eau, notre pays » et que Trump cherchait à nous « briser » afin de pouvoir nous posséder. Il a également déclaré que notre ancienne relation avec les États-Unis, fondée sur une intégration économique toujours plus poussée, était terminée.
Ce sont des paroles extrêmement fortes.
Il faut évidemment replacer tout ça dans son contexte. Trump a multiplié les provocations sur le 51e État et ses tarifs sont injustifiés et économiquement nuisibles. Un premier ministre canadien doit défendre la souveraineté du pays. Personne ne propose que Carney se présente à Washington avec une boîte de Timbits et demande poliment à Trump d’être plus gentil.
Mais il existe une différence entre être ferme et être belliqueux.
Et la rhétorique de Carney est parfois tellement guerrière qu’on croirait presque qu’il cherche à détruire notre relation avec notre voisin du Sud.
À quoi cela sert-il exactement?
Les États-Unis ne sont pas seulement notre principal partenaire commercial. Ils sont notre voisin, notre allié militaire et le pays avec lequel notre économie est la plus profondément intégrée.
Selon Carney lui-même, 85 % du commerce entre le Canada et les États-Unis demeure exempt de tarifs, tandis que plus de 90 % des exportations de secteurs comme l’automobile, l’acier et l’aluminium sont destinées aux États-Unis.
Pensez-y un instant.
Nous parlons d’une guerre commerciale dans laquelle 85 % de notre commerce avec l’ennemi supposé continue de traverser la frontière sans tarifs.
Ça remet quand même un peu les choses en perspective.
Cela ne veut absolument pas dire que les secteurs touchés sont sans importance. Selon la Banque du Canada, les industries actuellement frappées par les tarifs sectoriels représentent environ 1 % de la production et de l’emploi au Canada, mais environ 15 % de nos exportations. L’acier, le bois d’œuvre, l’aluminium et l’automobile ont subi de véritables dommages.
Il y a donc un vrai problème.
Mais un vrai problème n’a pas besoin d’être transformé en guerre patriotique permanente pour être pris au sérieux.
D’autant plus qu’il y a quelque chose de plutôt curieux dans la situation actuelle.
D’un côté, Carney nous dit que l’ancienne relation avec les États-Unis est terminée et que le Canada doit réduire sa dépendance envers les Américains.
De l’autre, son propre gouvernement se vante que le Canada possède le meilleur accord de tous les grands partenaires commerciaux des États-Unis et que 85 % de nos échanges demeurent exempts de tarifs.
Alors laquelle de ces deux réalités devrait guider notre politique?
Trump passera, les États-Unis resteront
C’est probablement ici que la rhétorique de Carney devient la plus contre-productive.
Donald Trump ne sera pas président éternellement.
Les États-Unis, eux, seront toujours là.
Si votre voisin devient temporairement insupportable, vous pouvez certainement lui tenir tête. Vous pouvez installer une clôture. Vous pouvez même appeler un avocat si la situation l’exige.
Mais si vous commencez à annoncer à tout le quartier que votre voisin est maintenant votre ennemi mortel et que votre ancienne relation avec lui est terminée, ne soyez pas surpris si le prochain barbecue de quartier devient plutôt inconfortable.
Nous partageons une frontière de près de 9 000 kilomètres avec les États-Unis. Nous avons des chaînes d’approvisionnement intégrées, une défense continentale commune et des centaines de milliards de dollars d’échanges commerciaux annuels.
La géographie ne changera pas après Trump.
Pourquoi voudrions-nous donc transformer une dispute avec Donald Trump en une dispute avec les États-Unis?
Il serait parfaitement raisonnable de profiter de la crise actuelle pour diversifier notre commerce et diminuer notre vulnérabilité. C’est même souhaitable.
Mais diversifier nos marchés et saboter notre relation avec les États-Unis sont deux choses complètement différentes.
On peut faire la première sans faire la seconde.
C’est même probablement préférable.
La meilleure défense contre Trump n’est pas Trump
Imaginez une entreprise dont 80 % des ventes dépendent d’un seul client.
Un matin, ce client devient difficile. Il exige des rabais, menace de réduire ses commandes et commence à acheter ailleurs.
Que devrait faire le propriétaire?
Il peut évidemment négocier avec le client. Il peut même lui tenir tête.
Mais si toute sa stratégie consiste à passer ses journées au téléphone à se chamailler avec ce client, il manque peut-être quelque chose d’assez évident.
Pourquoi son entreprise dépend-elle autant de lui?
C’est essentiellement le problème canadien.
Les États-Unis sont notre voisin et de très loin notre principal partenaire commercial. Cette relation est immensément profitable pour les deux pays.
Mais une dépendance économique aussi importante devient nécessairement une vulnérabilité lorsqu’un président américain décide d’utiliser l’accès au marché comme levier politique.
Alors diversifions.
Mais comment diversifie-t-on réellement une économie?
Ce n’est pas en donnant une carte du monde à une entreprise canadienne et en lui disant d’aller vendre ses produits en Allemagne.
Pour vendre ailleurs, encore faut-il être compétitif.
La compétitivité vient avant la diversification
C’est ici que l’approche de Poilievre devient beaucoup plus intéressante.
Si on diminue les taxes sur l’investissement, accélère l’approbation des projets, facilite la construction d’infrastructures, réduit les barrières commerciales entre provinces et permet aux entreprises d’investir davantage dans leur productivité, que se passe-t-il?
Elles deviennent plus compétitives.
Et qu’arrive-t-il généralement à une entreprise plus compétitive?
Elle trouve plus facilement de nouveaux clients.
La diversification devient alors une conséquence de la compétitivité, plutôt qu’un objectif que le gouvernement tente de fabriquer artificiellement.
Prenons nos ressources naturelles.
Le Canada possède du pétrole, du gaz naturel, de l’uranium, des minéraux critiques, du bois, de l’aluminium et une foule d’autres ressources que le monde veut acheter.
Mais si nous n’avons pas les pipelines, les ports, les chemins de fer, les installations de GNL ou les délais réglementaires raisonnables permettant de les exploiter et de les transporter, il importe assez peu que nous signions cent accords de libre-échange.
On peut avoir un client au Japon.
Encore faut-il être capable de lui livrer la marchandise.
Voilà pourquoi le débat sur C-5 est si important.
Le problème fondamental n’est pas seulement de trouver une façon d’accélérer quelques projets choisis par Ottawa.
C’est de créer un environnement dans lequel tous les projets économiquement viables peuvent obtenir un oui ou un non dans un délai raisonnable.
Les tarifs sont une taxe
Il y a également quelque chose d’un peu étrange dans l’enthousiasme avec lequel certains accueillent les tarifs de représailles.
Un tarif n’est pas une amende que nous envoyons à Donald Trump.
C’est une taxe imposée sur un produit importé.
Et qui paie finalement cette taxe?
Le Canadien qui achète le produit.
On peut justifier temporairement des tarifs de représailles pour exercer une pression politique sur Washington. Dans une négociation commerciale, il faut évidemment disposer de leviers.
Mais un tarif demeure un outil coûteux.
Voilà pourquoi l’idée de Poilievre d’utiliser les revenus tarifaires pour diminuer d’autres taxes avait une certaine logique économique.
La position n’était donc pas :
« Ne ripostons pas. »
Elle était plutôt :
« Ripostons, mais essayons de ne pas nous tirer dans l’autre pied pendant que Trump nous tire dans le premier. »
Ce n’est pas exactement la même chose.
Le paradoxe Carney
Et voilà où apparaît le paradoxe.
Carney a remporté l’élection en grande partie parce qu’il semblait être le candidat le mieux équipé pour gérer une crise économique provoquée par Trump.
Mais plusieurs des solutions nécessaires pour rendre le Canada moins vulnérable à Trump ressemblent étrangement aux problèmes dont Poilievre parlait avant même que Trump ne déclenche la crise.
Faible productivité.
Faible investissement.
Fiscalité.
Réglementation.
Difficulté de construire.
Difficulté d’exploiter nos ressources.
Barrières au commerce interprovincial.
Dépendance envers les États-Unis.
Tout à coup, ces sujets beaucoup moins excitants deviennent des questions de souveraineté économique.
Et Carney lui-même reconnaît maintenant que le Canada doit accélérer les grands projets, réduire les barrières internes et développer les infrastructures permettant d’atteindre de nouveaux marchés.
Très bien.
Mais encore une fois :
Si ces réformes sont maintenant essentielles pour nous protéger de Trump, pourquoi ne l’étaient-elles pas avant Trump?
Carney avait cependant raison sur une chose importante
Il serait beaucoup trop facile de conclure que Poilievre avait raison sur tout et Carney tort sur tout.
Ce n’est pas le cas.
Trump a effectivement changé les règles du jeu.
Même une économie canadienne parfaitement compétitive aurait été affectée par une hausse brutale des tarifs américains. Certains secteurs sont tellement intégrés au marché américain qu’une diversification rapide est pratiquement impossible.
Selon la Banque du Canada, les industries actuellement frappées par les tarifs sectoriels représentent environ 1 % de la production et de l’emploi au Canada, mais environ 15 % de nos exportations.
Dans une telle situation, une aide temporaire peut être justifiée.
Il y a une énorme différence entre maintenir artificiellement une entreprise non compétitive pendant vingt ans grâce aux contribuables et aider temporairement une industrie viable frappée par un choc politique extérieur.
Carney a également raison lorsqu’il affirme que le Canada doit développer de nouveaux marchés et de nouvelles infrastructures.
Là où je demeure plus sceptique, c’est lorsque cette adaptation devient prétexte à une nouvelle politique industrielle où Ottawa décide quels secteurs protéger, quelles entreprises soutenir et où diriger le capital.
Nos gouvernements ont rarement démontré qu’ils possédaient un talent surnaturel pour choisir les gagnants.
Ils possèdent cependant un talent remarquable pour continuer de subventionner les perdants.
Alors qui était l’adulte dans la pièce?
Tout dépend de ce qu’on entend par adulte.
Si être adulte signifie posséder une expérience impressionnante, maîtriser les marchés financiers et projeter une image de compétence technocratique, Mark Carney correspond certainement mieux au rôle.
Il n’est pas l’incompétent que certains de ses détracteurs voudraient dépeindre.
Certaines de ses réformes vont même dans la bonne direction.
Mais si être adulte signifie regarder au-delà de la crise immédiate et demander pourquoi notre économie était vulnérable à cette crise en premier lieu, l’avantage penche davantage du côté de Poilievre.
Et si être adulte signifie savoir faire la différence entre défendre fermement ses intérêts et transformer inutilement une dispute temporaire en rupture permanente avec son voisin, la rhétorique de Carney devient beaucoup plus difficile à défendre.
Trump est une variable que nous ne contrôlons pas.
Il peut imposer un tarif demain et l’enlever après-demain. Il peut changer d’avis après un appel téléphonique, une négociation ou parce qu’il s’est levé du mauvais côté du lit.
Mais nous contrôlons beaucoup de choses.
Nous contrôlons nos impôts.
Nous contrôlons notre réglementation.
Nous contrôlons les délais d’approbation de nos projets.
Nous contrôlons nos barrières commerciales interprovinciales.
Nous contrôlons notre capacité à construire des pipelines, des ports, des mines, des logements et des usines.
Nous contrôlons les conditions dans lesquelles nos entrepreneurs investissent.
Et plus notre économie sera productive, compétitive et capable de vendre dans le monde entier, moins n’importe quel président américain aura la capacité de nous faire mal.
Mais il reste une dernière chose que nous devrions contrôler :
notre propre rhétorique.
Trump passera.
Les États-Unis resteront.
Notre objectif ne devrait donc pas être de gagner une guerre contre notre voisin, mais de régler cette dispute tout en bâtissant une économie suffisamment forte pour que la prochaine menace commerciale américaine nous fasse beaucoup moins peur.
Après tout, c’est peut-être ça, être l’adulte dans la pièce.