elections quebec 2026
À l’approche des élections générales du 5 octobre, les principaux partis politiques québécois multiplient les annonces économiques et, comme il fallait évidemment s’y attendre, chacun nous promet à sa manière de stimuler l’économie, améliorer notre productivité, rendre la vie plus abordable et remettre de l’ordre dans les finances publiques. Mais derrière ces objectifs qui se ressemblent beaucoup se cachent des philosophies économiques parfois complètement opposées.
La question qui nous intéresse ici n’est donc pas de savoir quel parti fait les plus belles promesses, mais plutôt lequel propose les mesures les plus susceptibles de produire les résultats annoncés.
Pour les comparer, il faut tenir compte de plusieurs facteurs : l’effet probable des mesures sur l’investissement et la productivité, leur coût, leur financement, leur faisabilité et, dans le contexte actuel de dispute commerciale avec les États-Unis, leur capacité à rendre l’économie québécoise moins vulnérable aux tarifs américains.
À ce stade de la campagne, le Parti conservateur du Québec semble présenter le programme économique le plus ambitieux et le plus cohérent, suivi du Parti québécois et du Parti libéral. La CAQ offre davantage de certitude budgétaire, mais propose essentiellement de poursuivre le modèle économique qu’elle applique déjà depuis huit ans. Québec solidaire propose pour sa part une approche complètement différente, où l’État jouerait un rôle encore plus important dans l’allocation des ressources.
| Parti | Orientation économique | Principale force | Principale faiblesse |
|---|---|---|---|
| PCQ | Réallocation vers le secteur privé | Productivité, fiscalité, investissement | Risque d’exécution |
| PQ | Marché avec État stratège | Bon compromis croissance/discipline | Interventionnisme maintenu |
| PLQ | Pro-entreprise modéré | PME, commerce, déréglementation | Réformes moins profondes |
| CAQ | État investisseur et stratège | Prévisibilité budgétaire | Continuité d’un modèle au bilan mitigé |
| QS | Intervention et redistribution | Services publics | Investissement privé et financement |
Note méthodologique
Cette analyse repose sur les propositions rendues publiques par les partis en date du 3 septembre 2026. Nous évaluons principalement leurs effets probables sur la productivité, l’investissement et la croissance, leur impact sur les finances publiques, leur faisabilité ainsi que leur capacité à améliorer la compétitivité du Québec face à la dispute commerciale avec les États-Unis.
Les notes représentent une évaluation comparative, et non une prévision économique précise. Elles pourront être révisées à mesure que de nouvelles propositions et des cadres financiers plus détaillés seront publiés.
Le PCQ : changer complètement la façon dont Québec intervient dans l’économie
[Consulter la plateforme électorale du Parti conservateur du Québec]
Le programme du PCQ est probablement celui qui propose la rupture la plus importante avec le modèle économique québécois actuel.
Sa philosophie est assez simple : plutôt que de percevoir beaucoup d’impôts pour ensuite redistribuer une partie de cet argent aux entreprises choisies par le gouvernement, le PCQ propose de réduire considérablement les subventions et les dépenses gouvernementales afin de financer des réductions générales d’impôt.
Autrement dit, au lieu que l’État choisisse où le capital doit être investi, une plus grande partie de cette décision serait laissée aux entreprises, aux investisseurs et aux contribuables.
Le PCQ affirme pouvoir réaliser environ 47 milliards de dollars d’économies sur cinq ans. Il propose notamment une révision générale des programmes, une réduction des effectifs de la fonction publique principalement par attrition, une diminution importante des subventions et crédits d’impôt ciblés aux entreprises ainsi qu’une modernisation de l’administration publique.
Ces économies serviraient notamment à augmenter le montant personnel de base de 18 952 $ à 35 242 $ et à réduire progressivement le taux général d’impôt québécois sur les sociétés de 11,5 % à seulement 4,7 %.
Une réduction aussi importante de l’impôt des sociétés pourrait avoir des effets considérables sur l’investissement. Les études économiques utilisées par le PCQ trouvent généralement une relation importante entre fiscalité des entreprises, investissement, emploi, capital et salaires. Le parti estime ainsi que sa réforme pourrait augmenter le stock de capital de 4 à 8 %, créer entre 25 000 et 45 000 emplois et augmenter le PIB de 1,8 à 2,5 % sur cinq ans.
Contrairement à ce qu’on pourrait penser à première vue, ces estimations ne semblent pas particulièrement extravagantes par rapport aux études citées. Dans plusieurs cas, le PCQ applique même des hypothèses plus conservatrices que ce qu’une extrapolation directe de certaines études permettrait.
Ça ne signifie évidemment pas que ces résultats sont garantis.
Notre examen des 47 milliards d’économies révèle notamment que certaines pourraient chevaucher des mesures déjà prévues par le gouvernement actuel. Le traitement du Fonds de développement économique et d’Investissement Québec demande également davantage d’explications, tandis qu’une partie des économies provenant de la révision des programmes reste à démontrer.
Même chose pour les effets dynamiques des baisses d’impôt. Le PCQ estime que la croissance générée par sa réduction de l’impôt des sociétés permettrait de récupérer environ 30 à 40 % de la perte fiscale initiale. L’ordre de grandeur est économiquement plausible, mais le parti n’a pas encore publié suffisamment de détails pour démontrer précisément comment il arrive à ce résultat.
Le programme conservateur est donc loin d’être sans risque. Mais contrairement à certaines critiques voulant qu’il repose essentiellement sur des économies imaginaires et des baisses d’impôt qui se financeraient miraculeusement elles-mêmes, notre examen montre plutôt un plan économiquement cohérent dont plusieurs hypothèses sont raisonnables, mais dont l’exécution demeure très ambitieuse.
Le PQ : beaucoup plus pro-marché qu’on pourrait le penser
[Consulter les propositions et plans du Parti québécois]
Le programme économique du Parti québécois réserve probablement la plus grande surprise.
Le PQ propose lui aussi de réduire l’impôt des entreprises, de diminuer certaines formes d’aide corporative, d’alléger la réglementation et de réduire progressivement les coûts de rémunération de l’État. Il prévoit notamment des économies récurrentes de 2,5 % sur la rémunération du secteur public sur trois ans, soit environ 1,6 milliard de dollars par année à terme.
La différence fondamentale avec le PCQ se situe moins dans le diagnostic que dans le rôle que les deux partis veulent laisser à l’État.
Le PCQ cherche largement à remplacer l’allocation gouvernementale du capital par l’allocation privée. Le PQ considère plutôt qu’un gouvernement doit conserver la capacité d’intervenir dans certains secteurs jugés stratégiques.
C’est donc une approche plus interventionniste, mais également moins risquée à mettre en œuvre.
Les économies recherchées sont plus modestes, les baisses d’impôt moins importantes et la transformation de l’État moins radicale. Le potentiel de croissance est probablement inférieur à celui du PCQ, mais le risque de rater les objectifs budgétaires l’est également.
Le PQ présente donc jusqu’ici un compromis assez intéressant entre discipline budgétaire, économie de marché et intervention stratégique de l’État.
Le PLQ : améliorer le modèle plutôt que le remplacer
[Consulter les engagements du Parti libéral du Québec]
Le Parti libéral propose lui aussi plusieurs mesures favorables aux entreprises.
Le PLQ veut notamment réduire l’impôt des PME, diminuer la paperasse, imposer une règle du « deux pour un » sur certaines nouvelles exigences administratives, faciliter le commerce interprovincial et améliorer l’accès des PME aux marchés publics.
Son approche est probablement la plus traditionnelle des trois partis actuellement les plus favorables à la croissance du secteur privé.
Le PLQ cherche surtout à améliorer le fonctionnement du système existant plutôt qu’à modifier profondément la façon dont l’État intervient dans l’économie.
Cela comporte un avantage évident : le risque d’exécution est moins élevé.
Mais dans une économie québécoise qui souffre depuis longtemps d’un problème de productivité et d’investissement privé, on peut se demander si des ajustements relativement modestes seront suffisants.
Le PLQ propose donc un programme économique raisonnable et relativement prudent, mais moins susceptible de produire un changement structurel important.
La CAQ : le diable qu’on connaît
[Consulter le cadre financier et les engagements de l’Équipe Christine Fréchette]
La principale force économique de la CAQ est paradoxalement aussi sa principale faiblesse : après huit années au pouvoir, nous savons déjà à peu près ce qu’elle ferait et, surtout, nous disposons maintenant d’un bilan suffisamment long pour juger son modèle économique sur ses résultats plutôt que sur ses intentions.
Nous n’avons donc pas à imaginer comment la CAQ gouvernerait l’économie québécoise. Son modèle repose largement sur un État stratège qui utilise Investissement Québec, les subventions, les crédits d’impôt et les politiques industrielles pour orienter une partie importante des investissements.
Le gouvernement dispose également du cadre financier le plus détaillé et prévoit toujours un retour à l’équilibre budgétaire. Sur le plan strictement comptable, cela lui donne un avantage évident sur des partis dont plusieurs propositions restent encore à intégrer dans un cadre financier complet.
Mais la question est de savoir si continuer essentiellement la même stratégie permettra de régler les problèmes économiques que cette stratégie n’a pas réglés jusqu’ici.
Les difficultés entourant certains investissements gouvernementaux, dont Northvolt est évidemment devenu l’exemple le plus spectaculaire, illustrent le problème fondamental de ce modèle : lorsque le gouvernement décide quelles entreprises et quelles technologies méritent le capital disponible, ce sont les contribuables qui assument une partie importante du risque lorsque ses choix s’avèrent mauvais.
La CAQ présente donc probablement le programme dont l’exécution est la plus prévisible, mais également celui qui offre le moins de changement parmi les quatre partis qui misent principalement sur l’entreprise privée pour créer de la richesse.
Québec solidaire : davantage de ressources sous contrôle de l’État
[Consulter la plateforme électorale de Québec solidaire]
Québec solidaire propose essentiellement la philosophie inverse du PCQ.
Le parti veut notamment imposer davantage les grandes fortunes, intervenir plus directement dans le marché immobilier et utiliser les revenus supplémentaires pour financer davantage de services publics.
QS estime qu’une taxe sur les patrimoines supérieurs à 25 millions de dollars pourrait rapporter environ 5 milliards de dollars par année.
C’est probablement l’une des hypothèses fiscales qui mérite le plus de prudence de toutes celles proposées jusqu’ici.
Le patrimoine est beaucoup plus mobile que le revenu du travail. Les contribuables touchés peuvent modifier leur résidence fiscale, restructurer la propriété de certains actifs ou changer leurs stratégies d’investissement. Certains actifs privés sont également difficiles à évaluer annuellement.
Cela ne signifie pas qu’une taxe sur la fortune ne rapporterait rien. Cela signifie simplement qu’inscrire cinq milliards de dollars récurrents par année sans appliquer une décote importante pour tenir compte des effets comportementaux serait risqué.
Le problème économique de l’approche de QS est plus fondamental. Dans une province qui cherche justement à augmenter l’investissement privé et sa productivité, augmenter la taxation du capital tout en accroissant le rôle de l’État dans l’allocation des ressources risque de produire l’effet contraire.
Et face aux tarifs américains?
La dispute commerciale avec les États-Unis ajoute maintenant une dimension importante à cette comparaison.
Une grande partie du débat politique porte sur la nécessité de diversifier nos exportations afin de réduire notre dépendance envers le marché américain. C’est effectivement souhaitable, mais présenter la diversification comme une politique économique en soi met quelque peu la charrue devant les bœufs.
Une entreprise québécoise ne commencera pas à vendre davantage en Europe ou en Asie simplement parce qu’un ministre participe à une mission commerciale.
Encore faut-il qu’elle puisse concurrencer les entreprises déjà présentes sur ces marchés.
C’est ici que le programme du PCQ obtient probablement un avantage supplémentaire.
Sa philosophie ressemble beaucoup à celle défendue par Pierre Poilievre face aux tarifs américains, comme nous l’avons examiné dans [Qui était vraiment l’adulte dans la pièce?] : plutôt que de principalement compenser les entreprises touchées avec des subventions, il faut profiter du choc pour réduire les impôts et la réglementation, faciliter les investissements et rendre l’économie canadienne plus compétitive.
Le PCQ transpose essentiellement cette stratégie au Québec.
La logique est assez simple :
moins d’impôts et de réglementation → davantage d’investissement → davantage de capital par travailleur → meilleure productivité → entreprises plus compétitives → accès plus facile à de nouveaux marchés.
La diversification devient alors en partie une conséquence de la compétitivité.
Le PQ et le PLQ proposent pour leur part des stratégies de diversification commerciale plus explicites. Ils veulent notamment développer davantage les marchés européens, canadiens et internationaux. Ces politiques peuvent certainement être utiles, particulièrement lorsqu’elles éliminent des barrières commerciales ou améliorent les infrastructures nécessaires aux exportations.
Mais elles ne peuvent remplacer la compétitivité.
Un accord commercial peut ouvrir la porte d’un marché étranger. Il ne peut pas forcer les consommateurs étrangers à acheter un produit québécois qui coûte trop cher à produire.
La CAQ privilégie davantage une stratégie défensive en offrant du financement et du soutien aux entreprises frappées par les tarifs. Une telle aide peut être justifiée temporairement lorsqu’une entreprise viable subit un choc externe soudain, mais elle risque de devenir contre-productive si elle sert simplement à maintenir artificiellement des entreprises qui ne sont plus compétitives.
QS propose également davantage d’aide directe et de politiques d’achat local. Encore une fois, ces mesures peuvent amortir temporairement le choc, mais elles ne règlent pas nécessairement le problème structurel.
La meilleure protection à long terme contre Donald Trump n’est probablement pas une nouvelle subvention destinée à compenser chacune de ses décisions. C’est une économie suffisamment productive, compétitive et diversifiée pour qu’une décision prise à Washington fasse moins mal.
Et jusqu’ici, c’est probablement le PCQ qui propose le programme le plus directement orienté vers cet objectif.
Alors, qui possède le meilleur plan?
Sur les seuls critères économiques et budgétaires étudiés jusqu’ici, notre classement provisoire serait le suivant :
1. PCQ — 8,4/10
2. PQ — 7,9/10
3. PLQ — 7,6/10
4. CAQ — 7,0/10
5. QS — 4,0/10
Le PCQ arrive premier principalement parce que son programme s’attaque directement aux problèmes de productivité, d’investissement et de compétitivité tout en proposant une réallocation importante du pouvoir d’allocation des ressources de l’État vers le secteur privé. Sa stratégie lui donne également un avantage dans le contexte de la dispute commerciale avec les États-Unis.
Mais cette première place vient avec une importante réserve : c’est également le programme dont l’exécution est la plus ambitieuse. Le cadre financier complet devra démontrer que les économies annoncées se matérialisent suffisamment rapidement pour financer les baisses d’impôt sans aggraver durablement le déficit.
Le PQ offre probablement le meilleur compromis entre réforme économique et prudence. Le PLQ présente une approche raisonnable, mais moins transformatrice. La CAQ offre davantage de certitude budgétaire, mais essentiellement la continuité d’un modèle économique que nous pouvons maintenant juger sur huit années de résultats. Québec solidaire propose finalement une augmentation importante du rôle de l’État qui paraît difficile à concilier avec le besoin d’attirer davantage de capital privé et d’améliorer la productivité.
Il reste toutefois une raison importante de ne pas déclarer le concours terminé.
L’économie et les finances publiques ne constituent qu’une partie du travail d’un gouvernement. Santé, logement, coût de la vie, énergie, éducation et immigration peuvent encore modifier considérablement cette évaluation.
Le PCQ prend donc l’avance après les premières épreuves.
Reste maintenant à voir s’il est aussi convaincant lorsque nous sortirons de la feuille Excel.