Comment Mark Carney et Christine Fréchette comptent vous manipuler

Nous jouons présentement dans une très mauvaise pièce de théâtre politique digne d’un film d’horreur à petit budget tellement la manipulation des foules est évidente et cette pièce a son origine l’élection des Libéraux de Justin Trudeau en 2015. Alors qu’avant cette élection, le Canada pouvait se vanter d’être un des pays les plus prospères du monde, la situation de de son économie s’est grandement dégradée depuis. Arrive 2025 et après dix ans de gouvernance, le gouvernement Trudeau est usé à la corde et au bord du gouffre. Tout le monde prévoit une annihilation du Parti Libéral aux prochaines élections générales. Après des mois à obstinément s’accrocher au pouvoir, Justin Trudeau cède aux pressions de son parti, démissionne et proroge le Parlement jusqu’à l’élection de son successeur à la tête du PLC.
Mais pendant la campagne au leadership du PLC bat son plein, voilà qu’une lueur d’espoir jaillit sur les Libéraux: Donald Trump est élu Président des États-Unis une deuxième fois et déclenche une guerre commerciale avec le Canada en imposant des tarifs douanier sur différents produits canadien. Mark Carney, qui contrairement à Justin Trudeau, avait un CV stellaire, a immédiatement saisi l’opportunité de se faire valoir comme l’homme le plus qualifié pour combattre Donald Trump. Ce que les délégués du Parti Libéral d’abord et l’électorat canadien ensuite, ont goulûment avalé tout rond. Après un revirement spectaculaire, le parti qui quelque mois auparavant, était destiné à être rayé de la carte électorale, arrive à se faire élire à seulement 3 sièges d’une majorité. Majorité qu’il finira par atteindre de façon douteuse en incitant des députés de l’opposition à changer de camp.
J’avoue candidement qu’à l’époque, j’avais gravement sous-estimé Mark Carney. Je n’étais sans aucun doute pas le seul d’ailleurs. Je ne répéterai plus cette erreur. Mark Carney a hérité d’une crise en arrivant sur la scène politique. Il a rapidement compris qu’elle constituait un puissant avantage politique et il l’a très habilement exploité, et il continue de l’exploiter encore aujourd’hui. Pour cela, je dois, avec une certaine réticence, lui lever mon chapeau. C’était un coup de maître. Mais mon admiration a ses limites.
Mais force est aussi d’admettre que Donald Trump lui a fourni le vilain parfait pour dévier l’attention du public du bilan de la gouvernance Libérale des 10 dernières année et de ses conséquences. La tâche de Carney aurait été extrêmement difficile s’il avait eut à défendre ce bilan. Mais il n’empêche tout de même que même lorsque Trump aura tiré sa révérence, nous ne pourrons pas échapper à ces conséquences. Le Canada reste tout de même aux prises avec des problèmes structurels de productivité et de croissance anémiques, une crise d’abordabilité galopante, une crise du logement et d’immigration hors de contrôle. Ces problèmes existaient avant l’élection de Trump et ils seront encore là après qu’il soit parti parce que jusqu’ici, Carney n’a démontré aucun intérêt à faire quoique ce soit pour les résoudre malgré ses belles promesses de « bâtir un Canada fort ». Maintenant, appuyons sur le bouton « avance rapide ».
Un an et demi plus tard…
Alors que le Mexique, qui a dû aussi composer avec les frasques de Donald Trump, a réussi à résoudre la plupart des ses différents avec les États-Unis, le Canada fait toujours du sur-place. Alors qu’il y a un peu plus d’une semaine, nous semblions près d’une entente, tout a foiré vendredi dernier. Mark Carney a rompu les négociations en alléguant que les États-Unis ont ajouté de nouvelles exigences qu’il jugeait inacceptables. Cependant, une entrevue de Jamieson Greer à la CBC et un article du New York Times notamment, déboulonnent un grand nombre de ses arguments.
Rappelons au passage que, malgré ses imperfections, l’offre américaine n’était quand même pas aussi mauvaise que Carney voudrait nous laisser croire. Selon les informations disponibles, elle comprenait notamment :
- réduction du tarif automobile américain vers 15 %;
- réduction de certains tarifs sur l’acier et l’aluminium;
- traitement plus favorable de certains produits;
- coopération dans les minerais critiques;
- coopération dans l’aérospatiale;
- mesures concernant le travail forcé;
- ouverture de négociations économiques nord-américaines plus larges.
Force est d’admettre que c’était une offre quand même substancielle et qu’elle aurait pu améliorer la situation des canadiens si notre gouvernement avait été plus conciliant. Elle aurait permis de réduire considérablement les tensions sur:
- l’automobile;
- l’acier;
- l’aluminium;
- certains autres produits;
- l’accès au marché américain.
Et Greer soutient que Washington offrait au Canada des conditions tarifaires particulièrement favorables par rapport à celles offertes aux autres partenaires commerciaux. Alors pourquoi est-ce que Carney a choisi de crinquer la rhétorique guerrière et rompre les négociations alors qu’il aurait pu accepter une offre imparfaite et amélioré la situation, quitte à continuer à négocier les points litigieux plutôt que d’infliger un fardeau tarifaire encore plus important à l’économie canadienne? Les doléances canadiennes étaient-elles suffisantes pour justifier une telle rupture? M. Carney agit-il pour le bien des canadiens? Ce n’est pas mon impression. Alors pourquoi?
Quel timing impeccable!
Comme par hasard, le 31 août prochain auront lieu trois élections partielles dont Chicoutimi–Le Fjord, une circonscription québécoise que les Libéraux aimeraient bien arracher au Conservateurs. Sans oublier aussi que le 5 octobre, il y a un élection générale au Québec, ce que Mark Carney sait très bien. Donc, nous avons:
22 août : rupture des négociations
↓
31 août : trois partielles fédérales
↓
5 octobre : élection québécoise
On peut difficilement imaginer un meilleur temps pour amener le thème:
« Nous défendons le Canada et nous protégeons le français contre les Américains. »
Et comme par hasard, un des points litigieux amené par Carney concernait la défense du français (qui s’est avéré être du pipeau, ne l’oublions pas). Je ne crois pas aux coïncidences, et vous? Le timing est trop bon.
Alors Carney a-t-il fait échouer carrément les négociations à des fins purement électoralistes? Difficile à prouver mais définitivement possible. Sinon comment expliquer cette rupture radicale. On a beau dire que Donald Trump est imprévisible, ce qui n’est pas faux, il reste que le Mexique réussit à négocier avec lui alors que Carney échoue alors qu’il avait promis dès son élection, il y a 18 mois, d’en arriver rapidement à un accord. Non seulement a-t-il failli à cette promesse, cette dernière rupture a envenimé les choses. Alors la thèse du conflit utile prend du galon et devient de plus en plus crédible
Christine Fréchette-Entrée côté jardin…
Tant qu’à parler de théâtre politique, autant y aller jusqu’au bout.

Alors donc, Christine Fréchette, tout comme Carney, a hérité d’un parti usé par de nombreuses années au pouvoir et avec un bilan si abyssal qu’elle s’est sentie obligée de changer la marque de commerce du parti à «Équipe Christine Fréchette» pour le faire oublier. Lorsqu’elle a été élue chef du parti, celui-ci faisait aussi face à une possible annihilation électorale. Quel cadeau du ciel, donc, que cet échec de négociation qui lui permet de se draper d’une cape fleurdelysée de Capitaine Québec et se poser en grande défenderesse de la culture française face au gros méchant homme orange. Non mais quelle opportunité! Et évidemment, quelques jours à peine après l’échec des négociations, elle fait exactement ça. Lorsqu’elle déclenche les élections le 27 août, elle désigne Donald Trump comme son principal adversaire. Ce faisant, elle espère faire un Mark Carney d’elle-même et répéter le même exploit de ressusciter son parti moribond. C’est-y pas beau ça? Allez-vous tomber dans le panneau? J’espère que non.